A Silent Voice de Oima Yoshitoki
- 11 mai 2016
- 3 min de lecture
A Silent Voice de Oima Yoshitoki
聲の形 - 大今良時
Editions Ki-oon, 1er tome paru en janvier 2015, 7ème (dernier tome) le 28 avril 2016, 6,60 € le tome.

Shoya Ishida, collégien, vit en combattant tous les jours l’ennui par les jeux les plus insensés qui lui viennent à l’esprit. Un jour, Shoko Nishimiya arrive dans sa classe. Elle est sourde et communique au moyen d’un carnet, ce qui va causer quelques soucis d’adaptation à ses camarades impatients et offrir à Shoya un nouvel objet d’amusement en profitant des faiblesses de la fillette. Mais toutes ses actions se retournent contre lui lorsque Shoko est finalement retirée de l’école. Une fois lycéen, Shoya décide de revoir une dernière fois Shoko pour s’excuser et va finalement se rapprocher un peu d’elle.

Ce manga est atypique : il traite de handicap et de brimades, et surtout de leurs conséquences. C’est rare, car c’est habituellement dans le but de parler d’une personne qui va se relever après tant d’épreuves et de souffrances. S’il y a un handicap physique, il y aura des béquilles, parfois un fauteuil roulant, cela uniquement et pas pour longtemps, car on ne vit pas avec un handicap, on le combat. Mais ici, le handicap est certes la base des brimades, mais ce qui va en découler est le plus important.
Les enfants sont souvent cruels, pour épater la galerie et se cacher eux-mêmes. N’avez-vous jamais brimé, subi ou vu des brimades étant enfant ou adolescent ? Ces moments vous ont sans doute guidé dans vos choix de vie, d’une façon ou d’une autre. Pourquoi avez-vous fait ça, ou avez-vous laissé faire ? Ou qu’aviez-vous fait pour mériter ça ? A Silent Voice fait réfléchir. Avec le léger prisme de la société japonaise et des codes du manga, certes, mais pourtant…
Ce qui m’a le plus gênée dans ce manga, c’est la facilité avec laquelle le professeur et les enfants de la classe de Shoya se retournent contre lui pour se sauver de leur propre lâcheté. On se dit toujours que nous on ne ferait jamais ça, enfin. Et pourtant… Admettre qu’on a fait du mal, c’est très dur, car on devra subir le regard des autres. Et obtenir le pardon de ceux ou celles que l’on a fait souffrir, c’est difficile, surtout lorsque l’on pense ne pas le mériter.
C’est ce qui arrive à Shoya. C’est tellement simple d’embêter quelqu’un qui a du mal à se défendre, et ça fait rire tout le monde ! Lorsque son public lui tourne le dos et le harcèle à son tour, il ne comprend plus rien. Et petit à petit, il s’effondre, renonce à tout, ne vit plus, ne fait que survivre. Tout ça, dans le premier tome. Dans les six tomes suivants, Shoya va chercher la rédemption et le pardon, tout en étant persuadé qu’il ne les mérite pas.
Oui, A Silent Voice n’est pas un manga drôle. Le dessin est beau, assez réaliste, le style est fluide. La palette des personnages est assez éclectique, on peut assez facilement s’identifier à la plupart d’entre eux. Plus l’histoire avance, plus les relations entre eux se complexifient, leur passé ne permettant pas une véritable amitié avant que tout soit dit, que chacun ait ouvert son cœur.
À travers la langue des signes, Shoya va finalement pouvoir discuter avec Shoko, là où étant enfants il y avait une barrière de communication avec seulement l’écriture. L’auteure s’est faite aider par sa mère, interprète en langue des signes, pour ces passages qui sont difficiles, car pour le lecteur aussi il y a un manque, le dessin figé bloquant la compréhension des signes. Mais les visages expriment tellement de sentiments ! La mangaka est arrivée à transmettre les émotions de ses personnages avec brio, et sur les sept tomes, j’ai plusieurs fois pleuré.
Ce manga, dès le premier tome l’année dernière, m’a scotchée. J’avais peur de lire le suivant, mais je l’attendais avec impatience ! Je voulais que tout s’arrange pour Shoya, qu’il arrive à être heureux. Que lui et Shoko puissent être amis, et se tournent vers l’avenir ensemble. Que les erreurs des enfants ne gâchent pas la vie des adultes qu’ils deviennent.
Pour une fois, un manga ne montre pas une vie idéale, un héros qui ne se démoralise jamais ou qui a des amis infaillibles. Pour une fois, un manga parle de la vraie vie, celle où des actions vont diriger toute une existence, ou les relations humaines sont complexes.
Oui, c’est dur, oui il y a aussi quelques facilités, mais oui, il faut le lire, je pense. Quand on l’a fini, on respire à fond et on fait un bilan sur sa propre vie.















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